L'agitation médiatique effrénée et la colère démocratique autour de la possible élection de Jean Sarkozy par le conseil d'administration de l'EPAD sont parfaitement légitimes.
Pas uniquement parce qu'il est très inexpérimenté politiquement et qu'avant de prendre ce type de présidence en responsabilité, il faut normalement avoir pu faire preuve de quelques années d'engagement et de combativité sur certains dossiers.
Mais surtout parce que son élection au conseil général des Hauts-de-Seine s'est faite sur la canton de papa, auquel il a directement succédé et non dans une circonscription où il aurait pu prouver qu'il était capable d'exister au delà de son patronyme. Et cela entache toute la crédibilité de son démarrage en politique. Le népotisme délégitime toute élection en démocratie.
Ceci précisé, Jean Sarkozy n'est qu'un arbrisseau qui cache la réalité du vrai débat autour de la présidence de l'EPAD : s'il n'est pas obligé d'être Bac + 5 en aménagement pour présider un établissement public - c'est le boulot du directeur général et des salariés d'apporter l'expertise - un(e) élu(e) doit être porteur d'un projet et d'une capacité de conviction pour le faire avance.
Or le seul projet défendu par Sarkozy junior est la couverture de la RN à Neuilly (1 milliard d'euros) pour que cette aspirateur à voiture ne dévalorise plus les biens immobiliers le long de l'avenue; le nouveau maire de Neuilly, Jean-Michel Fromantin, a montré la différence entre un jeune amateur et un élu plus professionnel en portant un projet qui améliore les transports en commun et réduit l'usage de la voiture.
Et il manque le financement du milliard d'euros, pour lequel Sarkozy junior appelait sans pudeur à la solidarité nationale alors même que Neuilly est une des communes les moins imposées de France et qu'elle concentre les plus hauts revenus et une importante part de gens assujettis à l'ISF.
Manifestement, pour l'Elysée qui soutient le projet d'enfouissement contre celui du maire, il est nécessaire de faire financer par Nanterre la qualité de vie à Neuilly, au mépris complet des engagements antérieurs de l'Etat pour finir la couverture de la bretelle des autoroutes A14 et A86, cratère béant au milieu de Nanterre, posant des problèmes de sécurité ... et moins coûteux que le projet de Neuilly. Pourtant l'enfouissement à Neuilly dégagerait de sacrés plus-values immobilières, qui pourraient contribuer au financement. Cela ferait manifestement trop de chagrin aux électeurs de Sarkozy junior.
Le pilotage d'un établissement public est un partenariat entre l'Etat et les communes : l'Etat nomme le directeur général, les communes le président et les conseils généraux n'ont rien à faire dans cette histoire, ils n'ont pas de compétence d'aménagement, ils peuvent juste contribuer financièrement à financer certains projets d'infrastructures ou d'équipements publics. Neuilly non plus n'est pas concerné, sauf à réaliser la captation que je viens de décrire alors même qu'elle n'est pas dans le périmètre.
Cette obstination du clan Sarkozy au mépris du droit et du ridicule et cette passivité des élus UMP, en particulier des Hauts-de-Seine repose donc clairement la question toujours pas tranchée par la justice mais qui traine dans toutes les conversations avec des spécialistes de l'immobilier :
- quels circuits financiers exactement se cachent derrière les anciennes opérations immobilières de l'EPAD ? Pourquoi le procès Pellerin est-il en sommeil ? Pourquoi les procés sont-ils aussi longs à venir autour des affaires Pasqua, Santini ?
- Quelles garanties apportées aujourd'hui sur la vente de droits à construire à des investisseurs étrangers russes, chinois pour se protéger du blanchiment ou des rétro-commissions ?
- Comment contrôler le respect de l'intérêt général dans une structure où il n'y a aucun contre-pouvoir, qui va multiplier par 4 sa surface sans aucun projet urbain ni dossier financier
- Comment contrôler le respect de l'intérêt général dans une structure qui, de plus, serait dirigé par le fils de son père, dans la plus parfaite tradition autocratique, père président de l'UMP principal parti politique concerné par cette affaire, père candidat à la prochaine élection présidentielle ?
- Comment accepter une désignation et une fusion sans contrat de projet et qui vont à l'encontre de tous les diagnostics sur la cohérence du développement économique de l'Ile-de-France, le coût des infrastructures pour les contribuables et les besoins de logements plus près des lieux de travail pour les salariés ?
Vous pouvez compter sur moi pour voter contre l'élection de Jean Sarkozy à la présidence de l'EPAD : malheureusement les équilibres politiques institués dans le CA par décret garantisse à l'UMP de choisir le candidat. La démocratie ne peut fonctionner que si elle permet la transparence et les débats, pas si elle construit un pur rapport de forces.



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